
UAND
connaîtra-t-on les résultats de la plus vaste étude internationale
visant à évaluer les risques sanitaires auxquels s'exposent les
personnes utilisant des téléphones portables ? Baptisée « Interphone »,
cette étude a été lancée en 2000 et achevée six ans plus tard. Elle a
été menée dans treize pays auprès de 14 000 personnes. Après une longue
série de reports et de contretemps inexpliqués, il semblait acquis que
les résultats de ce travail seraient soumis pour publication durant le
mois de septembre. Tel ne sera pas le cas.
Dans son édition
datée du 27 septembre, l'hebdomadaire The Economist croit savoir que
les responsables d'Interphone ne soumettront vraisemblablement pas le
fruit de leurs travaux à un éditeur avant la fin de 2008. « Je ne sais
pas d'où proviennent les informations de The Economist, indique
Elisabeth Cardis (Centre de recherche en épidémiologie
environnementale, Barcelone), coordonnatrice de cette étude. Une
version que nous espérons consensuelle de l'article est en préparation
et nous l'attendons sous peu. Il se pourrait donc que l'article soit
soumis pour publication rapidement. Rien ne me laisse penser pour
l'instant que la soumission ne puisse pas se faire cette année. »
Pour
le professeur Cardis, ce nouveau retard n'est pas la conséquence de
désaccords des auteurs. « Il n'y a pas d'hypothétiques nouvelles
difficultés, précise-t-elle. Il y a seulement les emplois du temps
chargés des collaborateurs et les vacances qui ont fait que la nouvelle
version de l'article est seulement sur le point d'être te rminée. »
INQUIÉTUDES AUX ETATS-UNIS
Ce
nouveau contretemps survient alors que des scientifiques américains
viennent, devant le Congrès, de tenir sur ce thème des propos
inquiétants. « On ne doit pas rééditer ce que nous avons connu à propos
de la cigarette et du cancer du poumon, où notre nation a pinaillé sur
chaque détail d'information avant d'avertir le public », a ainsi
déclaré, jeudi 25 septembre, David Carpenter, spécialiste de santé
publique et professeur de santé environnementale à l'université
d'Albany (New York). Selon lui, la prudence doit s'imposer.
« A
la lumière des 70 ans que cela nous a pris pour retirer le plomb des
peintures et des 50 ans qu'il a fallu pour établir de façon
convaincante le lien entre la cigarette et le cancer du poumon,
j'affirme qu'on ferait bien de tirer les leçons du passé pour mieux
interpréter les signes de risques potentiels, a pour sa part fait
valoir le docteur Ronald Herberman (université de Pittsburgh,
Pennsylvanie), responsable de l'un des dix plus importants centres de
recherche américains contre le cancer. Il y a dans le monde 3 milliards
d'usagers réguliers de téléphones cellulaires. Nous avons besoin d'un
message de précaution. »
Le docteur Herberman a fait valoir que
la majorité des études disponibles sont caduques, la méthodologie
retenue ne correspondant pas à l'usage intensif qui est aujourd'hui
fait de cet outil de communication. Il a notamment cité deux études,
l'une suédoise, l'autre israélienne, concluant à une augmentation du
risque de tumeur du nerf auditif ou de la glande salivaire chez les
utilisateurs de téléphone portable.
« Il est vrai que les études
souffrent d'un manque de recul et d'un nombre faible de gros
utilisateurs de longue durée, reconnaît le professeur Cardis. Les
études avec un plus grand nombre d'utilisateurs de longue durée
semblent effectivement indiquer une augmentation possible du risque de
gliomes et de neurinomes de l'acoustique du côté où le téléphone était
généralement utilisé. La question demeure de savoir si ce résultat est
ou non le reflet d'une association réelle. Dans l'attente, je pense que
des précautions s'imposent, en particulier chez les enfants. »
Jean-Yves Nau